Observer – Discuter – Agir

Grand-Bassam : quand la covid-19 plonge des artisans dans la galère

Ça se passe en Côte d’Ivoire, Economie, Société, Covid-19
Grand-Bassam : quand la covid-19 plonge des artisans dans la galère

16 mar 2021 - 14:15

Regard Citoyens
Partager:
Grand-Bassam. A l’entrée de la station balnéaire, depuis des décennies, sont installés des artisans aux abords de l'ancienne route. Ces hommes et femmes proposent aux touristes et visiteurs des objets de décoration et des pendentifs. Depuis quelques années, le marché a perdu de sa clientèle à cause des crises qu'a connues la Côte d'Ivoire. Aujourd'hui, la crise sanitaire liée à la Covid-19 a rendu la situation morose, plongeant plusieurs artisans de la ville balnéaire dans la galère.

Par Daniel Coulibaly

Le BAC A2 en poche depuis 2020 au collège Robert Léon de Grand-Bassam, Aboubacar Camara a la vingtaine et est inscrit en première année de Droit à l’Université de technologie d’Abidjan (UTA). A ses heures perdues, l’étudiant occupe l’atelier de son père situé aux abords de la route principale dans la ville histotique. Et ce vendredi 5 mars 2021, s’il est à l’atelier ; c’est parce que les cours n’ont pas encore débuté dans sa Faculté. 

Sculpteur depuis sa tendre enfance, il veut continuer à exercer, sans complexes, cette passion que lui a transmise son géniteur. Évidemment qu’il ne compte pas abandonner ses études de Droit. Pour lui, le métier de sculpteur et vendeur d’objets d’art est inéluctablement lié à sa vie.  

Aboubacar Camara précise qu’avant la crise post-électorale de 2011, le marché était juteux. Mais depuis cette période, malgré la reprise des activités économiques et la normalisation de la vie du pays, rien n’est plus comme par le passé. La situation est devenue délétère avec la pandémie de Covid-19. « Nous n’avons plus de touristes qui constituent la majorité de nos clients. Les choses sont encore plus difficiles pour tous les artisans, parce que les frontières restent fermées », déplore-t-il. Aboubacar espère que l’’espoir pourrait renaître avec une fin de cette crise sanitaire mondiale. Lui qui voudrait être huissier de justice ou avocat, après ses études, parle avec passion de son métier occasionnel de sculpteur. « C’est un travail difficile, mais aussi passionnant, car il fait appel à votre esprit de créativité et surtout d’imagination », souligne le jeune sculpteur.  « Je vais continuer mes études, mais ce métier je ne peux pas le laisser ».

Dans le hangar du père d’Aboubacar, on retrouve des objets d’art qui sont généralement des  représentations d’animaux (éléphant, biche, lion, tortue, Autriche, girafe…). Il y a aussi des femmes porteuses et les statuts d’homme. Et les prix oscillent entre 2000 FCFA et 2 millions FCFA. « Tout dépend du client », laisse entendre Aboubacar.

Pour réaliser un éléphant, il lui suffit juste d’imager « l’éléphant » dans la tête et ses doigts exécutent. « Il peut arriver aussi que des clients demandent la représentation d’un objet à travers une photo. Pour cela, il faut regarder la photo pour reproduire », explique-t-il.   

Juste quelques pas de marche pour atteindre l’atelier de Doumbia Ousmane. Guinéen d’origine, il est arrivé en Côte d’Ivoire en 1993; et est installé, aujourd’hui, dans la ville de Grand-Bassam avec toute sa famille.  « J’ai appris à faire la sculpture avec mon père dans mon enfance en Guinée-Conakry. Je ne veux pas que mes enfants fassent la même chose  que moi ; parce que dans ce métier, si tu n’es pas patient tu ne pourras pas t’en sortir. Or les enfants d’aujourd’hui, ils aiment l’argent rapide », justifie-t-il. C’est pourquoi, il souhaite orienter ses enfants dans un autre métier qui pourrait leur apporter plus tard une aisance financière.

 « Ce n’est pas tous les jours je peux avoir quelconque chose pour aller à la maison. Souvent, je rentre bredouille, dès fois il y a la clientèle. C’est Dieu qui décide, si ça ne marche pas qu’on a la santé et de quoi à manger, c’est une grâce de Dieu », se console Doumbia Ousmane du haut de ses 45 ans.  

A l’extrême droite de son atelier, il nous montre une girafe de 4 mètres de hauteur dont le prix est estimé à 2 millions 500 mille FCFA. Aussi des objets de petites tailles coûtant 5000 FCFA voire plus. « Ça dépendra, si c’est un touriste européen, je peux faire le prix à 15 mille ou des millions de FCFA, et si c’est un frère africain il peut avoir à 12 mille FCFA ou plus », précisant qu’il n’y a pas de prix fixe.

Comme chez ses voisins artisans, tous ses objets sont des animaux (girafe, éléphant, tortues, lions,) qui servent d’éléments de décoration pour la maison ou les hôtels.. Pour reproduire ces objets, tout se passe dans la tête, confie Doumbia Ousmane, mais, « il y a des clients qui me demandent de faire leur travail à partir d’une photo. Un client m’a envoyé des photos d’objets sur WatsApp que je dois faire imprimer pour reproduire ».

D’une façon générale, il souhaite que les autorités du pays allègent les taxes de sortie sur leurs produits en faveur des clients extérieurs.  « Je voudrais demander au gouvernement de faciliter les taxes de sortir des marchandises du territoire ivoirien. Nous recevons des clients extérieurs qui nous font savoir que c’est difficile de faire sortir ce qu’ils ont acheté à cause de la taxe trop élevée », plaide-t-il.

Il ne manque pas d’évoquer la crise sanitaire liée à la Covid-19 qui met en mal le marché. « La pandémie nous a aussi pris nos gros clients qui viennent pour la plupart de l’extérieur du pays. Si la crise sanitaire ne finit pas maintenant ça sera vraiment compliqué pour nous », craint-il.

 A l’’opposée de la route, Kouakou Kouadio Jacques est installé sous un hangar de fortune qui lui sert d’atelier. Contrairement à ses deux prédécesseurs, Jacques Kouadio a une clientèle plus locale. A 30 ans , il est peintre et spécialisé dans la peinture des nappes de table.  

Alors en classe de CP2 dans les années 90, un mal de tête lui fait arrêter ses études. Il ne les a plus reprises jusqu’à ce jour. Aujourd’hui, il s’est trouvé une passion de faire des dessins sur des énormes tissus servant à couvrir les tables à manger et bien d’autres choses. Plus de 10 ans de métier dans les bras, il est arrivé à la peinture après motivation de son aîné. « Je ne faisais rien, c’est mon grand frère qui m’a confié à un de ses amis pour que j’apprenne le métier », précise Kouakou Jacques.

Son travail consiste à réaliser des dessins d‘animaux (éléphants, biches, tortues, oiseaux, etc), des hommes, des arbres, des cases, des scènes de danse et chasse etc. sur les nappes.  

Ses prix partent de 5000 FCFA et plus, selon lui, tout dépend du nombre de places que couvre la nappe.

« Je me plais bien dans ce métier. Je pense que mon frère ne s’est pas trompé en me conseillant d’apprendre la peinture. Ça marchait dans le temps, mais à cause de la situation de la pandémie. Les clients se font rares maintenant », fait savoir le jeune nappe peintre.

 

 

Grand-Bassam, Covid-19, Artisans Grand Bassam, Côte d'Ivoire, coronavirus Côte d'Ivoire
Partager:

Réagissez à cet article