Observer – Discuter – Agir

0

Au nom de la « paix », doit-on encourager l’impunité ?

8 novembre 2018 - 16:11

Pour parvenir à l’apaisement lors de moments chauds, les différents régimes qui se sont succédés à la tête de la Côte d’Ivoire ont bien souvent fermer les yeux sur certains actes délictueux. Faut-il nécessairement toujours ‘’tout laisser tomber’’ au nom de la paix ? Notre contributeur s’interroge.

Par Arsène KONAN

Selon Wikipédia, l'impunité désigne l'absence de sanction. L'impunité peut être de fait lorsqu'il y a une absence de droit, ce qui est le cas lorsque l'État est peu présent en raison d'un contexte politique instable. Mais elle peut également être de droit dans le cas d'amnistie, comme lorsqu'un pays sort d'une période trouble.

Partant de cette définition, l’on peut aisément dire que la Côte d’Ivoire s’est fortement attachée à la culture de l'impunité. Trois exemples ci-dessous peuvent étayer cette affirmation.

L'affaire des soldats non ivoiriens intégrés à l'armée ivoirienne

Hamed Bakayoko, Ministre D’Etat, ministre de la défense, devant les députés de la nation a dit : " Avec la réunification de l’armée et la manière dont on a rassemblé tout le monde, il y a des militaires qui ne pouvaient pas prouver qu’ils étaient ivoiriens donc ils doivent sortir après l’identification biométrique des soldats."

Cette affirmation  montre que des soldats ont utilisés des documents falsifiés pour intégrer l’armée ivoirienne. Mieux, ils sont passés à la caisse pendant 7 bonnes années et ont certainement bénéficié des 12 millions payés aux 8400 soldats. Qu’a-t-on fait de ces personnes qui ont fraudé sur les documents administratifs et leurs complices? Ont-elles été punies conformément aux articles 281, 282, 283, 284, 285, et 286 du code pénal ivoirien ?

Lire aussi : Révocation d’Akossi Bendjo : Un citoyen craint « un règlement de compte »

L'amnistie prise par Alassane Ouattara

Le Chef de l’Etat ivoirien, dans une ordonnance le 6 août 2018, a amnistié plus de 800 personnes soupconnées d'être impliquées dans des exactions commises lors de la crise postélectorale de 2010/2011. En clair, cette décision veut que les perpétrateurs des crimes ayant fait 3 000 morts et des nombreuses victimes ne soient jamais inquiétés, du moins par la justice ivoirienne. On ne saura jamais qui a fait quoi à qui et pourquoi. Tout ça au nom d’une « paix ». Ces impairs de notre système judiciaire et politique donnent raison aux défenseurs de la Cour pénale internationale, car elle intervient là où les victimes n'ont plus d'espoir de voir la justice faite.

L'amnitie de 2003

Laurent Gbagbo, ex-président de la Côte d'Ivoire, a promulgué, en 2003, une loi d'amnistie couvrant les infractions contre la sûreté de l'Etat commises sur le territoire ou par les Ivoiriens en exil depuis le début des insurrections, en 2000.

A bien regarder ce sont les mêmes acteurs (de tous les camps), qui depuis 2000 commettent les infractions graves et qui beneficient la douceur des lois pour s'en tirer. En termes simples : on tue, pille, blesse la population et après on vient s’assoir pour dire laissons, ça ne se répétera plus. Quelques années après on reprend le même scénario.

Il y a un adage qui dit : Mettre du sable sur une plaie peut donner la sensation de l’avoir guéri totalement, mais… Comme pour lancer l'alerte, un défenseur des droits de l'homme pouvait ainsi dire : l'impunité nourrit les conflits futurs. La paix à tous les prix mais pas à n'importe quel prix, surtout pas, au détriment des victimes.

------------

Observateur Citoyen met en avant des citoyens qui ont envie de s'exprimer sur des sujets particuliers ou qui ont simplement des histoires engageantes à raconter. Leurs opinions ne reflètent évidemment pas celles du site Observateur Citoyen.

Vous aussi, vous voulez vous exprimer ? Ecrivez-nous par email (contact@observateurcitoyen.net), sur Facebook ou sur Twitter !

Tagline: 
Opinions

Réagissez à cet article