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Présidence ivoirienne : Un citoyen ne veut plus qu'on parle de « succession »

24 juillet 2018 - 19:07

A maintes reprises, le terme « succession » a été et continue d’être employé pour parler de l’après-Ouattara. Le président ivoirien n’échappe pas à ce vocabulaire. Un jeune ivoirien le juge déplacé et il a voulu nous dire pourquoi.

Par Eric-Aimé Semien

Que l'on s'entende bien. Il ne s'agit pas de succession de quelque personne que ce soit à la tête de l’État, mais bien d'alternance démocratique visant à assurer le respect du droit de chacun à participer à la vie publique de son pays. Le terme succession se rapporte à la notion de droit privé visant à transmettre certains attributs de la personnalité juridique (essentiellement le patrimoine) à des tiers expressément ou légalement désignés, à cause de mort.

Ainsi, parler au sens strict de succession du président reviendrait à faire croire que le pays est sa propriété et qu'il lui est loisible de spéculer sur ce qu'il voudrait bien en faire. Et beaucoup de confusions viennent justement de cette croyance desséchante et réductrice de la res publica (chose publique).

Les querelles internes propres aux héritiers de la gouvernance du président Houphouët ont pris des proportions démesurées, s'érigeant en actualité nationale depuis bientôt trente ans.

Dans l'histoire, chacun d'eux pense semble avoir été victime de lésion dans la dévolution de la succession du président Houphouët au point où, à côté de la basilique de Yamoussoukro, des comptes en suisse et des plantations nombreuses qui faisaient, entre autre, le patrimoine du président Houphouët, on y a, semble-t-il, ajouté l'Etat de Côte d'Ivoire.

Chers miens, ne nous méprenons pas, le but de l'exercice, pour ces sempiternels héritiers, n'est pas d'apporter un mieux-être aux ivoiriens, mais bien de prendre leur "part d'héritage " et montrer leurs muscles à leurs cohéritiers, avec la jactance, à tour de rôle, de se proclamer digne héritier.

Qu'importe l'ordre ou la préséance dans leur ordre de succession (puisque les opposants du président Houphouët se sont eux aussi réclamés Houphouetistes par après), ou encore leur primogéniture.

Qu'importe qu'ils veuillent à présent rester dans l'indivision ou la liquidation de leur succession, mais il est bien arrivé le moment de leur contester la propriété du bien objet de leur succession, c'est à dire la côte d'ivoire.

"Nemo plus juris" disent les juristes pour dire qu'on ne peut transférer plus de droits qu'on en a en réalité.  Des lors ils devraient comprendre que leur "géniteur" n'eut pas été mesure de leur transférer, pour cause de mort, un bien dont il n'avait pas la propriété exclusive, toute considération prise de l'immense travail par lui réalisé.

A présent, il ne s'agit pas de demander à un tel de ne pas faire de troisième mandat.  Non, la n'est pas la question. Des pichenettes politiques permettent de rester au pouvoir tout en en étant physiquement loin,  comme cela s'est fait à Daoukro entre temps.

Que Mamadou ou Bineta viennent ou reviennent au pouvoir, que les tenants du pouvoir y restent ou que les opposants patentés y reviennent. Et ce sera bonnet blanc et blanc bonnet, c'est à dire des quolibets espiègles ou coquins entre héritiers qui nous imposent leurs amitiés, leurs « desamitiés » puis leurs inimitiés saisonnières. Et à cela doit se limiter l'actualité de tout un peuple et de toute une République ?

Par quelle merveille du saint esprit parviennent-ils à se convaincre que leur pensée idéologique et philosophique doit ou devrait être celle de tous les ivoiriens ? À tout le moins, ceci paraîtrait irrévérencieux vis à vis de  l'ensemble des ivoiriens que de conditionner la paix définitive en Côte d'Ivoire à l'union de leurs partis politiques respectifs, tout groupement de droit privé qu'ils sont.

Depuis trente ans, leur contentieux successoral a créé, laissé stagner puis en putréfaction des problèmes qu'ils n'ont même l'honnêteté intellectuelle de reconnaître, trop préoccupés sans doute par la prise du pouvoir, par tous moyens. 

Des palabres, des guerres, des pertes en vie humaine, des clivages pour des affaires privées où, en réalité nous sommes bien des tiers ?

La vraie pensée et le vrai combat devraient plutôt être d'amener les ivoiriens à prendre conscience de l'urgente nécessité de mettre fin au rodéo des héritiers, qu’importe leur posture cinématographique actuelle, et de penser à un nouveau contrat social sur des bases consensuelles, solidaires et nivelées.

En clair, pour la vraie paix en Côte d'Ivoire, ce n'est pas une personne qui devrait partir du pouvoir ou une autre qui devrait en être tenue loin, mais bien un système dont certains sont actuellement au pouvoir et d'autres dans l'opposition. Ils ne se connaissent que trop bien depuis des lustres, à force de chassés croisés égotiques.

La côte d'ivoire leur a tour donné à eux tous.  A leur tour, ils prennent tout de la côte d'ivoire, empêchant ainsi les jeunes générations de vivre leur temps de façon optimale.  Pourquoi leur est-il si difficile de réaliser qu'une génération est passée et que leurs petits enfants sont déjà dans l'âge actif ?

Tout à fait d'accord avec vous qu'il faille transmettre le pouvoir aux jeunes générations. Ceci est parfait. Encore faudrait-il que l'on s'accorde sur ce que l'on entend parlant de jeunes générations. Qui plus est, comment et dans quelles conditions transmettre le pouvoir à laquelle des jeunes générations, ceci devient l'affaire de tous les ivoiriens et non pas de deux personnes, fussent-elles plus éclairées que la moyenne.

De mémoire, une succession s'ouvre puis se referme un jour. Quels sont ces sempiternels héritiers dont la succession du père ne se termine jamais, à raison de plusieurs épisodes?

Tous les héritiers, de droite ou de gauche ont semble-t-il été servis depuis 1993. Place donc au changement de décor.

Pour l'heure, ne serait-il pas opportun de leur indiquer le tribunal compétent pour régler leurs questions de successions entre enfants "légitimes" et "adultérins", puis leur demander de laisser la Côte d'Ivoire en d

Essayez seulement de VRAIMENT laisser les ivoiriens décider et vous verrez.

Libre pensée.

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