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Grand-Bassam, ça racket fort : 500 et 1000 Francs à policiers et gendarmes pour rouler au gaz et sans permis

16 avril 2019 - 12:04

Première capitale de la Côte d’Ivoire et patrimoine mondial de l’UNESCO, la ville de Grand-Bassam est le théâtre d’un racket honteux des forces de l’ordre sur les acteurs du transport.

Par Salam Cheick Ouattara

Ville clé pour le tourisme ivoirien avec ses plages et surtout son quartier historique, Grand-Bassam, patrimoine mondial de l’UNESCO est une ville qui attire. Cité cosmopolite, la ville dirigée par Jean-Louis Moulot est cependant le théâtre d’un système de racket odieux savamment orchestrée par les forces de l’ordre au mépris de la sécurité des populations.

De fait, nonobstant l’interdiction du gouvernement d’utiliser le gaz comme carburant, les taxis de la ville de Grand-Bassam circulent avec des bouteilles de gaz butane fixées dans leurs coffres. Et ce, au vu et au su de tous, notamment des forces de l’ordre.

S’ils ne sont pas inquiétés par policiers et gendarmes, c’est simplement parce que ces agents des forces de l’ordre sont complices de cette infraction. En effet, pour circuler au gaz butane, il suffit de verser quotidiennement de l’argent aux policiers ainsi qu’aux gendarmes postés sur les routes.

« Vieux père, on va faire comment ? Chaque jour policier prend 500 et gendarmerie prend 500 quand ils veulent sciencer (être compréhensifs, ndlr) ou 1000 Francs. Quand tu donnes on note ton numéro et c’est pour la journée », fait savoir un conducteur de taxi quelques minutes après avoir été interpellé par un élément de la gendarmerie nationale.

« C’est déjà géré le père », lance-il au soldat en rappelant son numéro. Ce dernier jette un coup d’œil furtif sur ce qui semble être une petite liste et fait un signe du pouce comme pour donner son ok au départ du véhicule.« Les policiers au moins tu peux négocier avec eux mais avec les gendarmes, au nom de Dieu, c’est trop compliqué, poursuit le transporteur ». A l’en croire, l’utilisation du gaz butane comme carburant est une option choisie par les conducteurs de taxi pour faire des économies.

« Pour rouler par jour, je prends 3 bouteilles de gaz. On achète la bouteille à 2200. Alors que si on veut prendre du carburant on va dépenser plus surtout avec nos vieux moteurs », explique-t-il. S’il dit avoir conscience du danger de cette pratique, le jeune transporteur croit en la providence. « C’est Dieu qui nous protège », lance-t-il.

Assurance, visites techniques… tout y passe

Les véhicules qui desservent Vitré 1 et 2, Mondoukou, Azuretti ou Modeste sont également concernés par cette pratique. Cependant, la situation pour eux parait plus alarmante. De fait, ces véhicules moyennant la somme de 1000 Francs peuvent circuler dans la ville sans avoir leurs pièces à jour.

« On n’a pas assurance, on n’a pas visite. Il y a beaucoup de jeunes ici qui n’ont pas le permis. Au moins quand tu paies, tu peux travailler tranquillement. En tout cas ils (les forces de l’ordre, ndrl) gagnent beaucoup d’argent dedans. Mais, c’est la solution mon frère pour manger un peu peu », affirme un conducteur œuvrant sur la ligne Grand-Bassam-Vitré.

Cheveux grisonnants, le conducteur au volant d’un véhicule surchargé (6 passagers au lieu de 4) affirme que le véhicule qu’il tient depuis maintenant 4 années ne s’est jamais soumis au scanner d’un contrôleur technique.

« On fait avec. On est entre nous ici, affaire d’accidents, c’est Dieu même si tu as une voiture neuve, ça peut arriver », répond-il à la question de savoir si ces défauts ne font pas de son véhicule un engin dangereux…

 

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