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CPI-Pascal Kambale (OSIWA) : « Le ciel va tomber sur la terre en Côte d’Ivoire si Gbagbo rentre »

10 décembre 2018 - 11:12

A l’occasion d’un évènement parralèle à l’Assemblée des Etats partie organisé le vendredi 7 décembre 2018 à La Haye, des experts se sont prononcés sur les procès Bemba et Gbagbo devant la Cour pénale internationale (CPI).

Par Abraham Kouassi (Envoyé spéciale à La Haye)

En marge de l’Assemblée des Etats parties de la Cour pénale internationale (CPI), l’Observatoire ivoirien des droits de l’Homme (OIDH), Trust Africa et l’Institut d’études de sécurité (ISS) ont organisé un panel autour de l’intervention de la CPI en Côte d’Ivoire, au Congo et en Centrafrique.

Au cours des échanges, Pascal Kambale expert chez Open society initiative for west africa (OSIWA) s’est prononcé sur l’impact d’un éventuel acquittement de Laurent Gbagbo. Pour le juriste congolais, ce cas de figure provoquerait une véritable onde de choc en Côte d’Ivoire.

« Le ciel va tomber sur la terre en Côte d’Ivoire si Gbagbo rentre, c’est clair. Ce ne sont pas seulement les élections de 2020 qui seront affectées, c’est tout le substrat politique de la Côte d’Ivoire dans les cinquante ans qui viennent qui va être bouleversé », a-t-il affirmé.

A l’en croire, « le retour de Bemba en septembre dernier, n’était rien par rapport au triomphe qu’on va faire à Gbagbo s’il rentre en Côte d’Ivoire ». Critique envers l’action de la Cour en République démocratique du Congo, Pascal Kambalé est convaincu que les différentes décisions prononcées dans le procès Bemba sont intimement liées aux élections présidentielles dans le pays d’Afrique centrale.

Lire aussi : Assemblées des Etats parties : Le Kenya s’oppose aux poursuites de chefs d’Etats devant la CPI

« En RDC, c’était clair. Tout ce qui s’est passé, a-t-il poursuivi, condamnation d’abord et acquittement ensuite c’était dans la perspective des élections ». Cependant, Pascal Kambalé ne pense pas que la situation de Laurent Gbagbo soit liée à la présidentielle à venir en Côte d’Ivoire.

« Je n’ai pas l’impression qu’en Côte d’Ivoire on lie nécessairement l’acquittement, si jamais il y’a acquittement ou le rejet de la demande de la défense à une espèce de complot international directement lié aux élections », a-t-il ajouté.

La justice en question

La situation de la justice en Côte d’Ivoire a été évoquée lors des échanges qui ont duré près de deux heures d’horloge. Sur la question, la Fédération ivoirienne des droits de l’Homme (FIDH) à travers sa représentante a une nouvelle fois dénoncé l’amnistie prise en août 2018 par le président ivoirien, Alassane Ouattara.  Selon la FIDH, les récentes violences lors des élections locales sont la preuve que l’amnistie « n’offre pas de garanties de paix ».

Eric Semien, président de l’OIDH s’est aussi dressé contre l’institution judiciaire ivoirienne. Pour lui, « les crises en Côte d’Ivoire sont les crises de l’impunité ». « A chaque fois que la Côte d’Ivoire a été dans une situation de crise, la justice a manqué à son rôle », a-t-il souligné.

Le juriste ivoirien a par ailleurs souhaité que les poursuites ne soient plus contre « un seul camp » tant en Côte d’Ivoire qu’à La Haye. « On ne peut pas continuer à avoir une situation où il y a un procès qui vise un seul camp. Ceci est un vrai problème pour la Côte d’Ivoire. On attend toujours que Côte d’Ivoire 2 commence à donner ses résultats. Deux parties se sont affrontées on ne peut pas comprendre que ce soit une seule partie qui soit poursuivie. C’est le même schéma au niveau national », a-t-il déploré.

Cette catégorisation des poursuites se ressent aussi au niveau des victimes. C’est ce qu’a fait savoir Ali Ouattara, président de la Coalition ivoirienne pour la Cour pénale internationale (CICPI).

«  Nous sommes dans une situation où il y a un procès à la CPI, a-t-il expliqué, ce sont les partisans de Ouattara qui sont vus comme le plus grand nombre de victimes. Donc, quand il y a eu le décret, ce sont plus les victimes de ce bord qui sont allées se faire recenser. Et, les victimes « pro-Gbagbo » qui avaient peur ne sont pas allées se faire recensées ».

Notons que Paolina Massida, représentante légale des victimes dans l’affaire Gbagbo et des membres du Bureau du Procureur ont assisté à cette rencontre.

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